ça fait une heure que je regarde en bas, que je trouve ça beau là-haut. Etrange non? sauter dans le vide pour arriver aux cieux. C'est bien une connerie le paradis finalement.
Si je saute, j'atterrirais en bas, plate comme une crêpe c'est tout, et je finirais plus bas que terre en plus. Les gens qui croient au paradis, ils ont peur en fait. Ben oui ils ont peur de la mort, de l'absence qu'il y a derrière. J'ai envie de sauter, tanpis si je ressemble plus à rien une fois en bas, pis moi je le verrais pas de toute façon. C'est un peu égoïste pour ceux qui sont en bas mais bon, chacun sa merde après tout. Je regarde en bas, le vide m'attire, c'est beau le vide, j'ai l'impression que je vais m'envoler. y'a un con qui me dit cap ou pas cap de sauter, j'ai envie de le pousser. J'ai pas envie qu'il me parle de la vie comme d'un jeu. C'est pas un jeu la vie hein? En fait j'en sais rien. C'est un peu fataliste de voir la vie comme un jeu, y'a que deux issues. Si tu perds, tu meurs, si tu gagne t'as le droit de rejouer. Moi je gagne ou je perds? je crois que c'est moi le jouet de la vie plutôt. Elle s'amuse à me faire peur, à me faire pleurer, des fois je rigole aussi, des fois elle est cool la vie mais elle est surement une enfant pourri gatée qui joue avec les gens comme avec les barbies qu'on scalpait, qu'on trouvait plus drôle sans cheveux. En fait c'est ça, la vie c'est une gosse, elle me trouve peut-être plus drôle quand je doute, quand je regarde le vide en me posant des questions sur elle. D'ailleurs c'est con, pourquoi je me pose des questions? ça rime à rien personne ne sait. J'ai remarqué que le genre humain aimait bien se poser des questions auxquelles personne n'est capable de répondre. Est ce que dieu existe? y'a toujours des cons pour s'engueuler alors qu'ils sont aussi ignorants que les autres.
Je regarde le vide, j'ai toujours envie de tomber, mais je pense aux autres, à ce paradis qui n'existe surement pas. Je vois pas comment c'est possible de passer de la terre au
ciel.
Je pense à avant, quand je regarde le fond, j'ai l'impression de regarder en arrière, de voir tout ce que j'aurais du faire, tout ce que je regrette aussi. c'est peut etre ça le vrai paradis, une vie où tout ce qu'on voulais faire s'est réalisé et tout ce qu'on regrette aurait été oublié, envolé...
On a beau dire, ça serait cool le paradis, je crois que dans le mien y'aurait pas grand chose, je veux rien moi, je n'aime juste pas ce que j'ai déjà. C'est pas la vie, l'enfant pourri gatée, c'est moi. Je suis vraiment nulle de parler comme ça mais je me rend compte que c'est terriblement vrai.
Y'a toujours ce con derrière moi. j'ai plus envie de le pousser, j'ai juste envie qu'il nous laisse moi et moi. Il a vraiment l'air con. Je crois qu'il comprend pas vraiment ce que je vais faire. Il risque pas de comprendre, même moi je me pose des questions. Je crois que je suis dingue. Je vis entre mon avenir qui m'indiffère, et mon passé qui me rend nostalgique. Pis évidemment y'a le présent, ce putain de présent. Je sais pas quoi en faire de lui, il me va jamais. Il est toujours soit trop rapide soit trop lent. Et surtout j'arrive pas à décider pour lui, je peux pas tout contrôler. Pour le passé c'est simple, je me souviens, je ris ou je pleure, mais c'est clair et net. Mon avenir je le rêve, sans m'en soucier, même moi j'y comprend rien mais je décide quand même. Mais le présent ben je sais pas quoi faire. Vous avez déjà rêvez du présent vous? C'est complètement absurde. Je rêve pas de ce que je suis en train de vivre puisque je le vis. J'crois que je sais pas ce que je veux, je suis encore une ado, pis ça me va. Il parait que je fais partie de la jeunesse dorée. Doré, tu parles, grattes un peu c'est que du toc là-dessous. On est la nouvelle génération, celle qui veut toujours plus, tout le temps. En même temps, avec la nouvelle technologie et le fric de nos parents on a récupéré le chômage, le sida, alors faut pas pousser, jeunesse dorée peut-être mais jeunesse malade surtout. On entend nos grands-parents qui disent « de mon temps, on était pas si capricieux ». De votre temps, on pouvait laisser trainer son vélo, on pouvait se balader la nuit, et on trouvait du taf à 20 ans. Notre jeunesse à nous elle est méfiante, elle est triste aussi. Alors on a plus de vrais rêves. On s'enferme dans des paradis qu'existe pas. Et on a raison. Je préfère m'étouffer avec mon ignorance que de m'asphyxier avec ce monde qui tourne plus rond. Alors ouais, je pense que ça existe pas le paradis. Alors tant pis on en créera des faux. On se noiera dans un Eden artificiel plein d'épaisse fumée qui nous empêchera de regarder derrière nous en nous disant « C'est quoi déjà l'insouciance? »...